Coulisses · Édition indépendante
Romance VS fantasy : pourquoi les collectors de romance sont moins soutenus que ceux de fantasy ?
J’ai toujours adoré les beaux livres. Je crois même que j’ai aimé ça bien avant que ça devienne à la mode, et que les bibliothèques se remplissent d’ouvrages de toutes les couleurs, avec du brillant et des pages colorées. J’étais du genre à m’extasier devant les étagères sous Plexiglas des librairies, qui renfermaient les éditions de La Pléiade, et rêver d’en posséder au moins une un jour lointain (ce rêve a été réalisé par mon frère : j’en possède même deux : Crime et Châtiments de Dostoïevski, et la première partie des Œuvres Complètes de Charles Baudelaire).
Mon amour pour les beaux livres et les éditions collector
Quand j’ai découvert Instagram, et la partie anglophone du site, je suis tombée en pâmoison devant les éditions exceptionnelles qu’ils proposaient. Je trouvais ça absolument fabuleux que leurs éditions soient aussi belles, et qu’elles ressemblent, dans un certain sens, à ce que l’on pouvait faire à l’époque des moines copistes (un cours que j’avais adoré durant mes études de lettres modernes).
Je suis superficielle, et je n’ai pas peur de le dire.
Pour moi, la couverture a son importance. Je juge le livre à sa couverture, à l’exception près si je connais la personne qui l’a écrit, et que j’aime son style. Je suis du genre à m’approcher à petits pas d’une couverture avec une finition brillante, et à décortiquer la composition de la couverture ou la manière dont le résumé a été écrit. Je suis une vraie saleté, en gros.
C’est sans doute pour ça que je donne autant de moi quand je travaille sur mes propres livres. Parce que je veux qu’avant tout, ils paraissent beaux. Le beau, ça attire, et comme moi, je ne l’ai jamais été vraiment (je ne suis pas dans les standards de beauté conventionnelle), j’essaie de rendre mes productions attirantes pour l’œil.
Je travaille non seulement sur l’intérieur (l’écriture déjà, la mise en page), mais aussi et surtout sur l’extérieur. Je me suis formée toute seule à beaucoup de choses (dites-vous que j’ai appris des trucs à ma prof de graphisme, et qu’elle m’a demandé de juger mes camarades, ce qui était un exercice absolument affreux et jouissif en même temps). J’adore apprendre, et voir mon évolution, et qu’on me fasse des compliments.
C’est l’une des choses qui est parfois compliquée avec l’écriture : c’est l’une des choses les moins faciles pour avoir des compliments. Il suffit de regarder une illustration, ou écouter une chanson pour décider rapidement si on la trouve belle ou non. Un écrit, ça prend plus de temps, plus de concentration, plus d’un peu tout, en fait. Les gens sont souvent fainéants vis-à-vis d’un bloc de texte, et bien souvent, je me suis fait refuser des concours de talents parce que personne ne voulait écouter une fille lire le texte qu’elle avait écrit.
Oui, vous pouvez rajouter vaniteuse à la liste de mes nombreuses qualités.
Les Cieux : des années de travail sur une romance queer indépendante
Travailler sur mes reliés, ça me remplissait de joie. Je pouvais mettre tous mes talents à l’épreuve, et surtout, recevoir ces fameux compliments avant que les personnes ne se mettent à lire. C’était gratifiant. Ça me prenait tout mon temps, tout mon esprit, et une bonne partie de mon argent. Je passais des heures sur mes illustrations, à tout peaufiner, à ce que la texture soit là sans être trop prenante, à vérifier que les traits aillent bien là où ils devaient aller. J’ai fait douze pages de garde différentes, six arrières de jaquette (parfois plusieurs même), et je pense, une bonne trentaine d’illustrations internes. J’ai aussi designé les jaspages de A à Z, en reprenant des éléments de chaque livre, pour qu’on comprenne en lisant pourquoi c’est là, et pourquoi c’est important.
Je n’ai pas chômé.
J’ai ensuite présenté mon travail sur internet.
Retenez-le bien, je ne suis pas quelqu’un de connue. J’ai eu mon petit succès en 2017 sur Wattpad, avec une version de Ciel d’été qui me fait affreusement honte désormais. Mais sur les autres réseaux et dans la vie en général, je suis assez invisible. Je suis timide, je suis une angoissée du jugement (marrant hein ?), et le seul endroit où je suis confortable, c’est quand je dois faire classe à une bande de petits monstres dont les âges sont compris entre six et onze ans.
Je suis une quiche pour me vendre, pour me mettre en scène, pour faire des jolies photos aesthetic qui donnent envie. J’écris très peu avec des tropes ou des dynamiques en tête. Les personnages s’imposent, leur histoire aussi, et moi, je fais juste la scribe. J’écris, j’écris, j’écris et après, toute ma clique me lâche pour me lancer dans le grand bouillon d’internet.
J’ai une certaine batterie de casseroles derrière moi (comprenez ici des échecs) concernant mes livres. Je les adore, et je les adorerai toujours, mais ce ne sont pas des succès, loin de là. Malgré tout mon travail, toutes mes illustrations, toute la pub et l’argent que j’ai injecté dedans. Je n’ai pas eu de compliments dithyrambiques, je n’ai pas eu des partages sans pleurer pour les avoir (mis à part des amis, Manon, si tu passes par là). Les gens appréciaient peut-être mais le gardaient un peu pour eux. J’ai dû compléter la campagne avec mon propre argent (plus de la moitié) pour qu’elle soit complétée, et que je puisse mettre la main sur les collectors sur lesquels j’avais passé tant de temps.
Ça m’a rendue un petit peu amère, je dois vous le dire. Surtout quand je lisais des choses comme quoi la romance n’avait pas le droit d’avoir de beaux collectors, que ça ne sert à rien, que les décos sont inutiles et pourquoi s’embêter alors qu’il n’y a même pas de carte (celle-ci, elle m’a toujours fait rire, cette emphase sur la carte). Je n’ai pas lâché l’affaire, j’ai continué à faire mes petites vidéos stupides sur TikTok (et à mettre des centaines d’euros dans la pub pour avoir des commentaires homophobes, yeah), jusqu’à ce que je me sente complètement prise en étau par ma propre pression. Je n’arrivais plus à rien, je n’écrivais plus depuis des semaines, et ça me pesait.
La Princesse Fae : quand la fantasy change tout
C’est comme ça que je me suis tournée vers la fantasy.
Ça a été une somme de beaucoup de facteurs différents : le fait que je ne lise quasiment que ça, le fait que je sois inspirée par la saison 4 de Bridgerton (la différence de classe, tout ça), et, je l’avoue honnêtement, mon envie pour une fois d’écrire quelque chose qui colle plus au marché que Les Cieux.
Donc me voilà devant mon clavier, à écrire à une vitesse me faisant presque peur les aventures d’Astea et de Neet. Dès que j’avais un moment de libre, je fonçais sur mon ordinateur, et je sortais tout ce qui se promenait dans ma tête durant la journée. J’en ai parfois oublié de corriger mes cahiers du jour, parce que je ne pouvais pas m’empêcher d’écrire. Ça m’avait manqué, vraiment manqué.
Je le dis moi-même : ce n’est pas de la grande littérature. Ça ne va pas révolutionner le genre, et ce n’est pas l’histoire la plus originale de toutes. Pire encore, et ça me fait presque mal de l’écrire, ce n’est pas ma meilleure histoire. Mais ce n’est pas grave, parce que j’ai pris un grand plaisir à la créer, à designer chaque royaume de Floralis, à commander une carte (c’est vrai que c’est bien), et à réfléchir à comment je pourrais encore l’embellir.
J’ai donc commencé à en parler sur les réseaux sociaux. En secret, je peaufinais mon style de dessin, je le rendais plus sûr, moins cartoon, moins texturé. Je voulais donner un air plus adulte à cette romantasy, et lui offrir toutes ses chances.
Je ne saurai jamais si c’est ça qui a fait la différence, ou si c’est tout simplement le style de mes nouveaux écrits. Mais quand j’ai commencé à partager ce que j’étais en train de faire avec La Princesse Fae, ma volonté de faire des précommandes fonctionnant comme une campagne de financement participatif, et surtout, le fait que je l’illustrais entièrement, ça a fait bouger les choses.
Alors non, je n’ai pas eu des milliers de personnes se ruant sur mon livre, parce que nous ne sommes pas dans un conte de fées (et que je ne suis pas naïve, même si une toute petite partie de moi l’espérait). Mais les précommandes fonctionnent mieux pour La Princesse Fae qu’elles n’ont jamais fonctionné pour Les Cieux.
Et ça me rend un peu triste.
Pourquoi ce décalage entre romance et fantasy ?
J’ai passé autant de temps à peaufiner chacune de mes romances, chacune de mes illustrations, chacun de mes en-têtes de chapitre, exactement comme pour ma fantasy. J’ai réfléchi aux couvertures, j’ai sélectionné des couleurs, des sigles, des polices. J’ai construit mon univers, avec mes petits clins d’œil, et des personnalités bien distinctes. Et malgré tous mes efforts, parce que c’est de la romance contemporaine (et queer), on me passe au-dessus. On dit que c’est inutile, que personne n’en veut, que ci, que ça.
Pendant ce temps, j’éclate tout (à ma mesure, bien évidemment, rappelez-vous, je ne suis pas connue) avec un livre dans lequel j’ai, avouons-le honnêtement, mis moins d’effort parce qu’il était plus simple à écrire que Les Cieux.
Est-ce que c’est à cause de son genre ? Du fait que j’ai écrit avec des tropes bien distincts ? Des illustrations ? Du marketing assez fatigant que je fais sur Instagram ? De la pub, sur ce même réseau ? Du fait que la romance soit hétéro ?
Je n’en ai aucune idée.
Le pire, je crois, là-dedans, c’est que les personnes qui sont intéressées par mes deux univers (elles sont assez rares) semblent avoir complètement oublié toutes les réalisations que j’ai mises dans Les Cieux. Tout ce que j’ai créé, avec les mêmes tripes que celles que j’ai utilisées pour La Princesse Fae. Comme si ça n’existait pas.
Et maintenant ? Ramener ce qui marche vers Les Cieux
Grâce à mon style de dessin, que je m’étais pourtant promis de ne pas utiliser pour Les Cieux, je vais essayer de répondre à l’une de ces questions. Je vais voir ce qui attire autant les gens dans La Princesse Fae, et si je peux le transporter vers Belfast. Parce que même si mon esprit a déserté cette ville pendant plusieurs mois, j’y tiens comme à la prunelle de mes yeux. C’est mon travail de dix ans, c’est une bonne partie de ma vie, et c’est une certaine source de fierté.
Je n’ai pas envie de l’abandonner parce que certaines personnes traitent mieux la fantasy que la romance.
— Ludivine ☁️
Envie de découvrir Les Cieux, l’univers dont je parle dans cet article ?
📖 Lire un extraitEt pour découvrir La Princesse Fae et sa campagne de précommande ?
🌸 Voir la précommande