Igor le cactus
Depuis que Charles a reçu son imprimante 3D, lâappartement se remplit de plantes en plastique. đ”
Cette nouvelle contient une scĂšne sexuelle explicite, dans la partie III. Elle sâadresse Ă un public averti.
Partie I · Konstantin
Le cadeau
Tout a commencĂ© quelques semaines avant lâanniversaire de Charles. Je cherchais dĂ©sespĂ©rĂ©ment un cadeau qui pourrait lui faire rĂ©ellement plaisir, et qui changerait de mes habituelles virĂ©es dans la jardinerie la plus proche. ExcĂ©dĂ© de ne rien trouver de convenable, je me suis assis en face de lui alors quâil zonait sur son tĂ©lĂ©phone sur le canapĂ©, et je lâai regardĂ© dans les yeux avant de demander.
â Quâest-ce que tu veux comme cadeau pour ton anniversaire ?
Il a sursautĂ©, avant de me fixer avec son air de canaille, que jâaime par-dessus tout â et il en a tout Ă fait conscience, le fourbe. Il sâest raclĂ© la gorge, et il a dĂ©clarĂ©.
â En fait, ça va sans doute regrouper NoĂ«l, mon anniversaire et la Saint-Valentin. Si ça te va. Sinon, je te promets que je te donne une autre idĂ©e.
Jâai ouvert des yeux un peu surpris, parce que câest trĂšs rare quâil soit aussi gourmand. Il a toujours su se contenter de peu de choses, la plupart du temps les plus basiques. Sâil me propose de regrouper ces trois grandes fĂȘtes importantes pour lui, câest que lâobjet demandĂ© est cher.
â Je tâexplique le truc : ça fait plusieurs jours que je tombe sur des vidĂ©os dâimprimantes 3D, et jâai commencĂ© Ă faire des recherches, parce que je trouve ça gĂ©nial. Jâai dĂ©jĂ trouvĂ© plein dâutilitĂ©, dans lâappart, dans mon mĂ©tier, dans le tien, et mĂȘme pour dâautres personnes ! Le souci, câest que câest quand mĂȘme un certain budget, et que je ne veux pas abuser. Et puis, il y a dâautres machins Ă acheter Ă cĂŽtĂ©, comme le matĂ©riel pour imprimer. Donc⊠voilĂ .
Il Ă©tait presque penaud, la tĂȘte baissĂ©e vers le tapis Ă ses pieds. Je me suis rapprochĂ© de lui, pour lui caresser les cheveux, et observer ses beaux yeux. Ceux-ci Ă©taient brillants dâune excitation que jâadorais.
â Et je⊠je te promets que câest pas⊠câest pas une crise de maniaquerie. Jâen ai discutĂ© avec mon psy, avant de tâen parler. Il est dâaccord. Câest quelque chose de vraiment rĂ©flĂ©chi, que je bosse quand jâai du temps libre. Jâai⊠jâai envie de me lancer dans une autre forme de crĂ©ation que le dessin. Et qui sait, peut-ĂȘtre quâun jour, je me mettrais Ă la modĂ©lisation dâobjets en 3D, directement sur lâordinateur. Une mini figurine de Konstantin Ă emporter partout, pour quand il me manque trop.
Jâavais passĂ© un bras autour de ses Ă©paules, pour que je puisse lui faire face. Il me souriait, avec son expression de plante verte, Ă laquelle je ne pouvais pas rĂ©sister. Je voyais bien quâil Ă©tait sĂ©rieux, et que ça lui ferait vraiment plaisir de se lancer lĂ -dedans. Câest pour cette raison que je lui ai dit.
â Dâaccord. Tu mâenverras le lien de tout ce quâil te faut ?
Il a levĂ© les bras au ciel, avant de mâenlacer tout contre lui, en couvrant toute ma tĂȘte de rapides baisers. Juste avant de mâembrasser sur les lĂšvres, il avait murmurĂ©.
â Je tâaime tellement, si tu savais.
Ce que je ne savais pas, câest dans quoi je mâĂ©tais fourrĂ© en acceptant de lui offrir son imprimante. Câest dans ce genre de cas que lâon est particuliĂšrement triste de ne pas avoir de pouvoirs extralucides.
La machine est arrivĂ©e peu de temps aprĂšs son anniversaire. Bon prince, il a attendu que je rentre de lâhĂŽpital pour la dĂ©baller avec moi, tout en me couvrant de compliment Ă chaque fois quâil ouvrait quelque chose, ou quâil dĂ©vissait une visse. Il mâa pas menti quand il mâa avouĂ© avoir menĂ© ses recherches sur internet : il savait exactement quoi faire pour que sa machine â assez encombrante, je dois le dire â soit prĂȘte en moins de temps quâil faut pour dire « bon sang de petite cuillĂšre de bois ». Il mâavait fait acheter un systĂšme permettant lâimpression en quatre couleurs diffĂ©rentes, ainsi quâune sacrĂ©e montagne de fils de plastique de toutes les couleurs. De maniĂšre surprenante â non â, il y a beaucoup de nuances diffĂ©rentes de vert.
Il ressemblait Ă un enfant Ă NoĂ«l, les yeux bougeant dans tous les sens Ă chaque fois quâil dĂ©couvrait quelque chose. Je prenais beaucoup de plaisir Ă lâobserver, parce que jâadore quand il est aussi heureux. Ăa me rappelle pourquoi je suis amoureux de lui, et pourquoi jâai construit ma vie avec lui. Je me sens tout guimauve quand il est comme ça, et surtout quand ses yeux croisent les miens. Je fonds comme si on mâavait piquĂ© sur une brochette, devant un feu de camp en plein Ă©tĂ©.
Il a vite lancĂ© sa premiĂšre impression, un petit bateau vert â Ă©videmment â et il est restĂ© plantĂ© devant tout le temps que la machine chauffe le plastique et le transforme en un objet capable dâĂȘtre tenu dans la main. Ă nouveau, il Ă©tait Ă©merveillĂ© Ă chaque fois quâun nouvel Ă©lĂ©ment apparaissait. Il me le pointait du doigt, et il mâexpliquait Ă quoi servait cette premiĂšre impression, en bon spĂ©cialiste quâil Ă©tait devenu au fil de ses recherches.
â Tu vois, le petit bateau, câest pour voir si ta machine est bien calibrĂ©e pour faire tout un tas de trucs : les arrondis, les escaliers, les choses de diffĂ©rentes hauteurs, les tout petits Ă©lĂ©ments. Jâai vu des gens dans les vidĂ©os faire un petit bateau par filament, comme ça, ils se souviennent de ce que donne la couleur en vrai. Je trouve ça sympa, du coup, je pense que je vais copier le principe. On pourra jouer dans le bain avec, sâĂ©tait-il amusĂ©.
Je lui ai offert une tĂȘte trĂšs dubitative face Ă la proposition, et son sourire a disparu de ses lĂšvres. EffrayĂ© Ă lâidĂ©e quâil perde tout son enthousiasme, je me suis mis Ă triturer les mĂ©ninges de mon cerveau pour trouver une utilitĂ© Ă ces fameux petits bateaux.
â Je pourrais les mettre dans la salle de jeu Ă lâhĂŽpital. Je suis sĂ»r quâil y a des gosses qui adoreraient se la jouer marin dâeau douce. Ou alors, ils mettront des crochets, et ils feront une pĂȘche aux canards avec. Tiens, tu pourrais mĂȘme mâimprimer directement des canards, tu ne crois pas ?
Ses lĂšvres se sont Ă nouveau Ă©tendues, et mon cĆur inquiet sâest calmĂ©. LâidĂ©e semblait lui plaire, pour mon plus grand bonheur. Je lâavais ensuite abandonnĂ© Ă ses petits bateaux en lui disant de bien sâamuser. Il ne mâavait pas rĂ©pondu, trop fascinĂ© par son cadeau.
Partie II · Konstantin
La jungle
Le problĂšme, câest que cette fascination nâa jamais cessĂ©. Nous sommes en mars, soit deux mois aprĂšs lâanniversaire de Charles, et son imprimante fonctionne tous les jours. Quand je rentre du travail, je suis sĂ»r de lâentendre crachoter son filament. Charles sâest mis Ă la 3D sur sa tablette, et, depuis, il donne vie Ă toutes ses idĂ©es. Certaines sont franchement bonnes, et dâautres sont plus⊠anecdotiques.
La premiĂšre chose quâil a vraiment imprimĂ©e, en plus des petits bateaux, câest un porte-clef en forme de feuille de monstera. Ătant ma succulente prĂ©fĂ©rĂ©e, il va sâen dire que jâai vraiment apprĂ©ciĂ© le geste, plus encore quand il mâen a offert une bleu et vert pour mon anniversaire â une espĂšce qui nâexiste pas, mais jâen avais rien Ă faire. Je lâai accrochĂ©e sur mes clefs, et Ă chaque fois que je quitte ou que je reviens Ă la maison, je pense Ă ma plante verte prĂ©fĂ©rĂ©e. Ăa a bien fait rire mes collĂšgues au courant pour lâexistence de Charles â sous mes joues rouges de grosse guimauve.
Le souci, câest que mon enthousiasme face Ă cette petite attention a dĂ©clenchĂ© une vague de verdure dans notre appartement. Soudainement, des plantes poussaient çà et lĂ , chacune avec leur fonctionnalitĂ© savamment Ă©tudiĂ©e.
La premiĂšre a Ă©tĂ©, justement, un monstera dâune taille assez consĂ©quente. Je lâai dĂ©couvert en revenant dâune garde particuliĂšrement longue, trĂŽnant fiĂšrement sur la table basse du salon. JâĂ©tais tellement fatiguĂ© que jâai cru que câĂ©tait une vraie, et je suis allĂ© caresser ses feuilles. Quelle nâa pas Ă©tĂ© ma surprise quand lâune dâentre elles mâest restĂ©e dans les mains, et que je me suis rendu compte quâil sâagissait en rĂ©alitĂ© dâune fleur en plastique, et que je tenais ce qui sâapparentait Ă un dessous de verre. Quand Charles est revenu, fier comme un paon, il sâest fait du thĂ©, quâil a ensuite dĂ©posĂ© sur lâune des feuilles du monstera. Il mâa ensuite regardĂ© avec sa petite Ă©tincelle dans les yeux, attendant le compliment. Je lui ai offert du bout des lĂšvres, parce que jâĂ©tais trop fatiguĂ© pour Ă©laborer. Heureusement, il a vite compris, et il a continuĂ© Ă siroter son thĂ©.
La seconde crĂ©ation mâa bien plus pris au dĂ©pourvu. JâĂ©tais en congĂ©, et Charles ne travaillait pas avant quelques heures. Nous Ă©tions dans la cuisine, en train de fouiller dans nos placards pour dĂ©nicher quelque chose de potable Ă manger. Nous nâavions plus rien, hormis des biscuits trop vieux pour ĂȘtre ingĂ©rĂ©s. Charles sâest alors tournĂ© vers moi, avec un sourire mutin, et un bout de langue qui dĂ©passait de ses lĂšvres. Il nâa pas eu besoin de demander, ou mĂȘme dâexprimer son idĂ©e. Je lâai embrassĂ© comme si câĂ©tait lui, mon goĂ»ter. Pris dans lâaction, jâai voulu monter sur le comptoir de cuisine, derriĂšre moi â ça permettait Ă ma plante verte de mec de ne pas se casser le cou face Ă ma taille de gĂ©ant. Jâai cherchĂ© des appuis pour monter sans me faire mal aux bras, les yeux focalisĂ©s sur Charles, qui vouait un culte Ă chaque parcelle de ma peau qui rencontrait sa bouche.
Câest comme ça que ma main a rencontrĂ© les piquants dâun cactus.
Autant dire que jâai jurĂ© comme un charretier, comme je sais si bien le faire â jâai une rĂ©putation Ă tenir, quand mĂȘme. Charles sâest dĂ©collĂ© de moi, les yeux franchement inquiets, la main sur ma joue.
â Quâest-ce quâil y a ? Je tâai fait mal ? Je tâai mordu quelque part ?
â Depuis quand est-ce quâil y a des cactus dans la cuisine ? Je tâai toujours dit que je voulais pas de ces trucs chez moi, justement Ă cause de ce genre de situation. Merde, ça fait super mal !
Jâai cherchĂ© mon agresseur avec frĂ©nĂ©sie, jusquâĂ tomber sur un spĂ©cimen bien droit dans son pot, tout piquants dehors, prĂȘt Ă embrocher un autre de mes doigts. Je lâai traitĂ© dans ma tĂȘte, pour ne pas fĂącher Charles â parce que je savais trĂšs bien Ă quel point il est sensible quand on touche Ă ses plantes vertes. JusquâĂ ce que je me rende compte quâil ne sâagissait, encore une fois, pas dâun vrai cactus, mais dâun objet imprimĂ©.
â Oh, câest juste Gaetan, le distributeur de cure-dents. Câest ma derniĂšre crĂ©ation. Elle est chouette, non ? En plus, câest la deuxiĂšme fois que tu crois quâil sâagit dâune vraie plante, et non dâun objet en 3D. Je suis plutĂŽt fier de moi.
LâĂ©nervement a bouilli en moi comme une thĂ©iĂšre bien pleine de Russian Earl Grey. Je faisais tout mon possible pour ne pas lui cracher tout ce que je pensais de Gaetan sans ĂȘtre beaucoup trop vulgaire pour ses oreilles â et sans doute blessant.
â Est-ce que ça serait possible de mettre Gaetan dans un placard, afin que ses gentils petits piquants nâatterrissent pas sur mon anatomie quand il me prend lâenvie de coucher avec mon mec dans ma cuisine ? avais-je dit avec ma voix la plus mielleuse possible, attrapant Gaetan dans mes mains.
â Le truc, câest quâil est trop grand pour les placards oĂč il nous reste de la place. Vois-tu, je me suis inspirĂ© de certaines choses te concernant en le crĂ©ant, mâavait-il rĂ©pondu, en haussant ses sourcils dâune maniĂšre trĂšs suggestive.
Je nâĂ©tais pas stupide, mais le compliment cachĂ© ne me faisait pas oublier que ma main me faisait souffrir Ă cause dâun fichu cactus.
â Je mâen moque. Tu le dĂ©montes sâil le faut, mais je veux plus de ce truc sur le plan de travail. Sinon, je te vole ton filament vert. Et je sais que tu dĂ©testes quand tes plantes ne sont pas rĂ©alistes.
Il sâest Ă©loignĂ© de moi avec la bouche ouverte, comme celle dâun poisson gobant des bulles, et il a posĂ© sa main sur son cĆur pour bien montrer son choc â comme si ce nâĂ©tait pas assez visible.
â Tu oserais faire ça ?
â JâhĂ©siterais pas. Ton machin mâa fait mal, et en plus de ça, il nous a coupĂ©s alors que les choses devenaient super intĂ©ressantes. Je ne me ferais pas mener par le bout du nez par des plantes vertes en plastoc.
Il a rendu les armes face Ă mon air renfrognĂ©, et, bon prince, il mâa proposĂ© de me soigner mon doigt. Jâai acceptĂ©, et nous sommes allĂ©s Ă la salle de bain. LĂ , jâai eu le droit Ă mon lot de remontrances, parce que ma peau nâavait presque rien, et que jâen avais fait des caisses pour me dĂ©barrasser de Gaetan. La pauvre plante Ă©tait apparemment vexĂ©e dans son ego. Je pense quâelle sera capable de sâen remettre.
Depuis ma mauvaise rencontre avec Gaetan, Charles semble sâĂȘtre un peu calmĂ© sur les plantes vertes. Il a dĂ©couvert un autre aspect de son imprimante, qui consiste Ă crĂ©er des objets qui font clic clic grĂące Ă des morceaux de clavier insĂ©rĂ©s dedans. Il sâest pris dâaffection pour une crĂ©atrice dont la spĂ©cialitĂ© est la fausse nourriture, et il en sĂšme un peu partout autour de lui. Tout le monde a eu le droit Ă son petit gĂąteau, son petit bol de cĂ©rĂ©ales ou sa boĂźte Ă bento rose bonbon â pour ma patiente prĂ©fĂ©rĂ©e Ă lâhĂŽpital, ce qui mâa valu un immense cĂąlin. Lui-mĂȘme les utilise quand il est un peu stressĂ©, et son psychiatre approuve totalement lâidĂ©e.
Nous sommes donc devenus, lâimprimante et moi, plus ou moins amis. Je ne lui crache plus dessus Ă chaque fois que jâai le malheur de lâentendre crachoter son plastique, et elle nâinspire plus Charles Ă crĂ©er des plantes franchement menaçantes. Du moins, câest ce que jâespĂšre.
Partie III · Konstantin
Igor
Cette partie contient une scĂšne sexuelle explicite. Si vous ne souhaitez pas la lire, vous pouvez passer directement Ă la suite : rien dâessentiel pour comprendre la fin ne vous Ă©chappera.
Quand je reviens de ma journĂ©e de travail qui nâen voulait plus finir, Charles est installĂ© sur le canapĂ©, la tablette entre les mains, en train de grignoter le bout de son stylet. Quand il se retourne vers moi, il me lance, lâair de rien.
â Oh, chalut ! Chui cochent de te voich. Tâas pachĂ© une bonne churnĂ©e ?
Je souris jusquâaux dents en lâentendant, et je me rapproche de lui Ă grands pas. Est-ce Ă cause du vomi que je me suis pris sur les chaussures dĂšs six heures ou parce que jâai failli perdre une de mes prĂ©cieuses patiente aujourdâhui ? Je nâen ai pas la moindre idĂ©e. Tout ce que je veux, câest coller mes lĂšvres aux siennes, le prendre dans mes bras et ne plus jamais le lĂącher. Du moins, pour la nuit.
Il remet son stylet en place sur sa tablette, et il sâintĂ©resse Ă lâactivitĂ© que je lui propose, les mains sous son pull. Je ne cache pas que je suis heureux quâil soit partant pour un peu de dĂ©tente Ă la Charles et Konstantin. Quand je suis tout seul, câest nettement moins marrant.
Du coin de lâĆil, alors que je me fais dĂ©shabiller dans les rĂšgles de lâart, jâobserve lâimprimante qui est bien silencieuse. Câest Ă©trange quâelle ne soit pas en train de construire la derniĂšre crĂ©ation de Charles, mais un peu de calme dans le salon ne me dĂ©plaĂźt pas. Surtout si câest pour profiter des doux bruits produits par la bouche de mon mec.
Avant de commencer les choses vraiment sĂ©rieuses, il se lĂšve et il me fait face. Jâai une vue particuliĂšrement intĂ©ressante sur le bas de son corps, et jâavance mes doigts pour⊠admirer cette vue, justement. Je me fais arrĂȘter dâune petite tape, et mes yeux remontent vers ceux de mon vis-Ă -vis, interrogateurs.
â Sans vouloir vexer ton merveilleux canapĂ© dont tu es trĂšs fier, il nâest pas trĂšs confortable pour les petites activitĂ©s que nous avons prĂ©vues. Je tâinvite donc Ă me suivre vers la chambre pour la suite des festivitĂ©s.
Je souris de toutes mes dents, avant de glisser ma langue sur mes lĂšvres, faisant passer un message tout Ă fait comprĂ©hensible pour Charles. Jâattrape sa main tendue vers moi, et je trottine vers notre chambre. LĂ , je le jette Ă moitiĂ© sur le couvre-lit, et jâentreprends de finir de le dĂ©shabiller â parce que ses vĂȘtements sont bien trop encombrants et que le pauvre, il doit mourir de chaud dans toutes ces couches. Je le retourne ensuite comme une crĂȘpe, et jâembrasse chaque parcelle de peau que je trouve. Puis, je me relĂšve, et je demande, pour ĂȘtre sĂ»r.
â Je peux y aller franchement ?
â Fonce. Jâattends que ça.
Je marche Ă quatre pattes sur le couvre-lit, pour rejoindre la table de nuit et le tube de lubrifiant qui sây trouve â il est hors de question que je joue au rustre avec ce pauvre Charles. Quelle nâest pas ma surprise quand jây dĂ©couvre⊠un cactus ayant perdu ses piquants.
â Charlou ?
Il se relĂšve de sa position, et il se glisse Ă ma hauteur. Son sourire est lumineux Ă souhait, plus encore quand il pose les yeux sur le pot de la plante que je tiens entre mes mains.
â Tu mâexpliques ?
â Tu as demandĂ© dâenlever tout ce qui pique. Je tâai Ă©coutĂ©. Et puis⊠tu ne devineras jamais ce que câest.
Jâobserve lâobjet sous toutes ses coutures. Il doit bien avoir une utilitĂ©. Depuis que Charles a son imprimante, il nâa jamais créé quelque chose avec un but purement dĂ©coratif. Câest ce que jâadorais au dĂ©but jusquâĂ ce quâil se mette Ă transformer tout notre intĂ©rieur en une jungle en plastique.
Je commence donc Ă le tourner dans tous les sens, afin de comprendre Ă quoi peut bien servir un cactus sans piquant. Le bon point, que je ne peux pas lui retirer, câest que mes doigts ne sont pas agressĂ©s quand je le bouge dans ma main. Il est mĂȘme plutĂŽt doux, commeâŠ
Mes yeux sâĂ©carquillent comme des billes, et mes mouvements sâaccĂ©lĂšrent. Je trouve le mĂ©canisme, et le pot de terre se dĂ©solidarise du cactus. LĂ , je peux apercevoir le bout dâun tube. Une petite pression sur le corps du vĂ©gĂ©tal fait couler une noisette dâun liquide froid, que je reconnaĂźtrais entre mille. Mes yeux se tournent Ă toute vitesse vers ceux de Charles, qui paraĂźt particuliĂšrement fier de lui.
â Quâest-ce que.... quâest-ce que câest que ça ?
Son sourire se fait graveleux Ă souhait, et il se rapproche de moi, jusquâĂ ce que nos genoux se touchent. JâĂ©vite de le regarder vers cet endroit-lĂ , et je reviens vers son visage.
â Je me suis dit que jâallais marier lâutile Ă lâagrĂ©able.
Je fixe par intermittence ce que je tiens dans ma main, et mon mec, qui sâest vraisemblablement cognĂ© la tĂȘte quelque part.
â Si tu crois que je vais⊠mettre ça⊠dans mon.... merde, jâarrive mĂȘme pas Ă le dire tellement câest⊠ignoble ! Comment tâas pu penser Ă un truc pareil ?
Son sourire le quitte immĂ©diatement, et sa main vient se poser sur mon bras nu. Jâai envie de lui envoyer le cactus au visage, pour que lui lâutilise comme il lâa conçu. Il est hors de question que cette chose rentre en contact avec moi.
â Hein ? Câest juste un tube de lubrifiant, Konstantin, rien de plus ! Tu croyais queâŠ
Câest Ă lui de se transformer en poisson globe, et Ă me fixer comme si ma peau avait virĂ© au bleu. Ensuite, il fait quelque chose de tout Ă fait surprenant : il Ă©clate de rire. Sous mon air dâahuri de premiĂšre, il rit comme si je venais de lui raconter la meilleure blague du monde.
â Et aprĂšs, vient pas me dire que câest moi qui aie lâesprit de travers ! Quand jâai dit lâutile Ă lâagrĂ©able, je parlais de dĂ©co ! Ăa nous permet de dĂ©corer la table de nuit qui est un peu vide, et dâavoir toujours de quoi nous amuser Ă portĂ©e de main. Rien de plus, et rien de moins.
Sa paume se dĂ©place de mon bras vers mon visage, et son hilaritĂ© se calme un peu. Je ne sais pas si jâai envie de creuser un trou pour mây enfoncer et ne plus jamais en ressortir, ou si je prĂ©fĂ©rerais y coller Charles et lui lancer de la terre Ă la figure. Mieux, câest plutĂŽt son imprimante et ses rouleaux de filaments que je vais enterrer, pour ne plus jamais me sentir aussi⊠глŃĐżŃĐč
â Je suis vraiment dĂ©solĂ© si je tâai laissĂ© croire queâŠ
â Bah, dĂ©solĂ©, mais ça prĂȘte vraiment Ă confusion ! Je crois mĂȘme que jâaurais prĂ©fĂ©rĂ© une version avec des piquants.
Il essaie de garder son sĂ©rieux face Ă ma dĂ©composition, mais malgrĂ© toutes ses lĂšvres pincĂ©es et son menton qui tremble comme une mauvaise gelĂ©e â la verte quâon sert Ă lâhĂŽpital â il nây arrive pas. Il va mĂȘme jusquâĂ se pincer le nez pour Ă©viter de se marrer. Tout ce quâil arrive Ă produire, câest un son digne du couinement dâune souris. Le rustre est pliĂ© en deux sur le couvre-lit, et il a mĂȘme lâaudace de sâagripper Ă mon genou pour Ă©viter de tomber.
Je me sens ĐŽŃŃаĐș.
Je suis assis au milieu de la couette, nu comme un vert, avec un cactus dans la main et ma dignitĂ© qui sâest fait la malle, loin, trĂšs loin de moi. Pourtant, dans mon mĂ©tier, jâen ai vu des vertes et des pas mĂ»res â ce matin en est le parfait exemple â mais je nâai jamais bronchĂ©. Câest un pot de plastique qui a raison de moi.
Je me sens vraiment, vraiment ĐŽŃŃаĐș.
â Je te prĂ©viens, si tu continues, dis-je en dĂ©posant lâobjet du dĂ©lit sur la table de nuit, je me rhabille, et je vais dormir sur mon canapĂ© superbement confortable, sois dit en passant.
â Notre canapĂ©. Câest devenu le mien quand je suis arrivĂ© ici, je te rappelle. Et puis, la Russie est une ancienne nation communiste. On est pour le partage des biens.
Il se glisse vers moi avec son sourire de stupide plante verte collé sur les lÚvres, et il continue.
â Et puis, tu le feras jamais. Quand tâes pas de nuit Ă lâhĂŽpital, tu dĂ©testes dormir sans moi.
Ăa me fait бДŃĐžŃ de lâavouer, mais câest vrai. Il a bloquĂ© toutes mes excuses, le bougre. Le pire, câest quâil continue Ă rire sans sâarrĂȘter. PiquĂ© au vif, je croise les bras sur ma poitrine et je fixe le plafond, pour bien lui montrer que jâai aucune envie de le regarder, tout en espĂ©rant que sa crise dâhilaritĂ© va passer. Les minutes sont longues jusquâĂ entendre le silence, et un soupir. Je fixe Ă nouveau la plante verte, qui sâessuie les yeux du dos de la main.
â Je suis vraiment dĂ©solĂ©. Mais ta tĂȘte⊠ta tĂȘte valait tout lâor du monde.
â Tâes affreux.
â Je sais. Mais câest justement pour ça que tu mâaimes.
â LĂ , actuellement, je ne tâaime pas. Pas du tout, mĂȘme.
â Menteur.
Il me pointe mon entrejambe, qui, en effet, nâest pas vraiment dâaccord avec moi. TraĂźtresse.
â Je te remercie bien pour cette hilaritĂ©, mais jâen oublie mon savoir-vivre.
Il se penche vers la table de nuit, et il se saisit de cet odieux cactus-sans-piquants. Il me le prĂ©sente comme sâil Ă©tait dans une Ă©mission de tĂ©lĂ©achat dont ma babouchka raffole.
â Konstantin, je te prĂ©sente Igor.
Je le fixe comme sâil venait de me parler en grec.
â Tâes pas sĂ©rieux ?
â Je te promets que si.
â Tâas donnĂ© un nom Ă un tube de lubrifiant ?
â Câest un hommage Ă tes origines. Ăa fait trĂšs⊠russe, tu ne trouves pas ?
Jâessaie de cacher au mieux ma stupĂ©faction.
â Jâen ai rien Ă cirer que ça soit un hommage Ă mes origines. Câest⊠bizarre.
â Tâas rien dit quand tu as fait la rencontre de Gaetan.
â Peut-ĂȘtre, mais câest pas pareil. Je ne compte pas utiliser Gaetan souvent. LuiâŠ
Je désigne le fameux Igor du bout du doigt.
â Un peu plus.
Un sourire vient barrer son visage, et il saisit ma main, ayant lùché Ig⊠le cactus entre nous deux.
â Je suis encore dĂ©solĂ© pour ce que Gaetan tâa fait subir dans la cuisine.
Il embrasse chaque doigt un Ă un, et jâessaie de ne pas trop aimer ça. Il sait y faire, alors quâen rĂ©alitĂ©, il ne fait pas grand-chose. Câest ça, le plus dĂ©rangeant.
â Tu tâen veux tellement que tâas fabriquĂ© la version miniature pour notre chambre !
â Jâai fait exprĂšs de faire une version sans piquant. Juste pour toi. Il est tout mignon et tout gentil.
Je sens la réplique arriver.
â Tout chou, mĂȘme.
Je lĂšve les yeux au ciel. ForcĂ©ment. Charles adore me charrier avec ça. Donc, pour bien rester dans mon personnage de rustre russe au cĆur gelĂ©, je rĂ©ponds.
â Je suis pas chou.
â Bien sĂ»r que si.
Ses lĂšvres, ses vilaines lĂšvres, se dĂ©placent de mes doigts vers lâintĂ©rieur de mon poignet, Ă cet endroit oĂč la peau est si fine quâon voit mes veines. Jâaimerais rĂ©pliquer quelque chose, nâimporte quoi, mais je nây arrive pas. Il triche. Ce nâest quâun vil tricheur, de toute maniĂšre.
â Habituellement, câest moi qui soigne les gens. MĂȘme si mes techniques sont plus⊠conventionnelles.
â Au diable les conventions. Ce soir, câest moi qui mâoccupe de toi.
Il remonte le long de mon bras comme un serpent. Puis, bien tranquille, il sâattarde au creux de mon coude, avant de remonter vers mon Ă©paule. Mes deux traĂźtres de bras se dĂ©croisent sans mon autorisation. Quand sa bouche arrive enfin sur mon cou, Ă un endroit trĂšs prĂ©cis, la honte a pris la poudre dâescampette, et je me souviens soudainement pourquoi nous sommes dans cet Ă©tat-lĂ sur le lit.
Mes mains glissent sur sa nuque, et il comprend ce que je compte faire sans le moindre signal entre nous. Je ne sais pas qui de lui ou moi franchit les derniers centimĂštres, mais on sâembrasse enfin, pour de vrai. Il sourit contre ma bouche, et je ne me vexe pas le moins du monde, parce que je sais que câest la force de mes baisers. Je le bascule gentiment sur le couvre-lit, et je le surmonte. Ses boucles sâĂ©talent sur lâoreiller comme les feuilles du monstera que nous avons dans le salon â celui qui est bien vivant, pas en plastique. Je me retiens de lui dire, parce que je sais trĂšs bien ce quâil me rĂ©pliquerait. Jâen ai assez de parler, mais pas lui, apparemment.
â Tâas pas lâair trĂšs concentrĂ©, remarque-t-il, ses mains descendant le long de mon dos.
â Je pensais Ă tes cheveux.
â Mes cheveux ?
â Ouais. Je sais pas pourquoi, mais ce soir, je trouve quâils font trĂšs⊠plante verte.
â Tâas des envies de me tailler ? Ou de me rempoter ?
Je mâarrĂȘte net, Ă quelques centimĂštres de sa bouche. Il sourit, fier comme un paon. Ses yeux brillent de cette lueur qui mâa fait craquer, quand jâai enfin dĂ©mĂȘlĂ© le nĆud de sentiments quâil mâinspirait. Sa poitrine tressaute contre la mienne, et je comprends quâil se retient encore une fois de rire.
â Quel mot affreux, dis-je.
â Quoi ? Rempoter ?
â Oui. Je tâen supplie, ne le prononce plus jamais quand on fait ce genre dâactivitĂ©. Câest un tue-lâamour assez efficace.
â Bouturer, ça marche mieux ?
â Charles.
â Arroser ? Câest toi qui as dit que jâĂ©tais une plante verte. Il faut bien en prendre soin, sinon, elle va complĂštement dĂ©pĂ©rir, la pauvre.
â ĐĐŸŃĐżĐŸĐŽĐž, gĂ©mis-je en enfouissant mon visage dans son cou. Je sors avec un catalogue de jardinerie.
â Impossible. Tu mâinterdis dây aller. Je suis donc une pauvre petite plante verte, toute seule dans ce grand appartement. Tu comprends pourquoi jâai dĂ» me fabriquer des amis ?
Je pouffe contre sa peau, parce que je ne peux pas faire autrement. Câest lâune des premiĂšres fois que je ris autant alors quâon est sur le point de coucher ensemble. Ăa faisait longtemps. Parfois, Ă cause de mes horaires un peu dĂ©calĂ©s, on doit aller vite, et je trouve quâon ne savoure pas assez. Ce soir, câest le cas, et rien ni personne ne pourra me gĂącher ma joie. Pas mĂȘme Igor le cactus.
Mes mains repartent Ă la dĂ©couverte de son corps, que je connais par cĆur. Ses hanches, ses cĂŽtes, les cicatrices qui datent de son enfance avec Valentin. Il se cambre sous mes doigts, et son rire se transforme en petits gĂ©missements. Jâadore ce genre de bruit, si bien que je continue mon exploration. Son torse, son ventre, tout y passe. Tout est caressĂ©, embrassĂ©, choyĂ©. Je prends soin de mes plantes vertes. Je nâen ai jamais laissĂ© aucune se dĂ©tĂ©riorer. Quand jâarrive plus bas, son souffle se coupe. Je ne suis pas trĂšs douĂ© pour faire des fellations, mais ce soir, jâen ai envie. Vraiment envie. AprĂšs sâĂȘtre moquĂ© de moi, il va souffler mon prĂ©nom, en le prononçant Ă la russe. Il ne sait pas quel effet ça me fait.
Je reste en bas quelques minutes, le temps de me faire maltraiter les cheveux. Ils ne sont peut-ĂȘtre plus aussi bleus quâavant â directive de lâhĂŽpital â, mais ils me ressemblent encore. Ses doigts naviguent, tirent, mais ne me dĂ©concentrent pas. Je mâapplique Ă ma tĂąche.
â Attends, attends, je vaisâŠ
Je me retire immĂ©diatement, parce que je nâai pas envie que la fĂȘte se termine aussi vite. Charles me fixe avec un air que je photographie dans mes yeux, Ă dĂ©faut dâavoir mon appareil avec moi. Ce quâil est beau. Bon sang ce quâil est beau.
Je tends la main vers la table de nuit, par habitude, pour trouver le lubrifiant â ça fait quelque temps quâon utilise plus de prĂ©servatifs. Je fouille, je tĂątonne, je dĂ©niche une boĂźte de mouchoirs, un ticket de caisse effacĂ©, et un vieux stylo. ĐĐ”ŃŃĐŒĐŸ. On a pu de lubâŠ
Puis la rĂ©alisation me frappe, littĂ©ralement. Charles, complĂštement hilare, tient Igor dans ses mains, et vient de mâassommer gentiment avec son bout de plastique. Je fixe le cactus comme sâil allait mâattaquer. Le cactus me fixe en retour.
â SaletĂ©, murmurĂ©-je, avant de le saisir.
Charles se marre encore, la main devant la bouche.
â Pas un mot.
â Jâai rien dit.
â Tes pensĂ©es sont tellement fortes que je les entends, figure-toi.
Je saisis ce cactus de malheur, et je me rends compte avec une horreur sans nom que Charles a raison. Igor est doux dans la main, il ne glisse étonnamment pas, et le petit pot dont il est doté reste bien droit sur la couette sans se renverser. Il est parfait, esthétique et pratique. Je le déteste.
â Avoue que tu lâaimes bien.
â Jamais.
Je le prĂ©pare avec la mĂȘme patience que dâhabitude, parce que, mĂȘme sâil a Ă©tĂ© ignoble avec moi â et quâil continue Ă lâĂȘtre â je ne suis pas un rustre qui fout le consentement Ă la poubelle. Il continue Ă sourire, jusquâĂ ce que le plaisir prenne le pas, et je comprends quâil est prĂȘt. Je vĂ©rifie quand mĂȘme, et il me rĂ©pond en russe.
Je ne sais pas combien de fois je lui ai dit, mais jâadore quand il parle ma langue natale. Les sonoritĂ©s sont si belles dans sa bouche, mĂȘme sâil ne sait pas tout bien prononcer. Il fait des efforts, il travaille dâarrache-pied, et je lâaime encore plus pour ça. Câest pour cette raison que je lui fais un petit plaisir.
â Je tâaime, dis-je en français.
Il fond entre mes bras, et jâen profite pour mâintroduire en lui. Jây vais doucement, parce quâencore une fois, je ne veux pas le brusquer. Je vĂ©rifie, je le rassure, je lâembrasse. Il se perd dans mes yeux, et moi dans les siens, et je sais que je suis au bon endroit, au bon moment, avec la bonne personne. Câest tellement niais que je le garde pour moi, Ă©videmment. Au lieu de cela, je commence Ă bouger, trĂšs tranquillement.
â AccĂ©lĂšre, dit-il tout de suite.
Je mâexĂ©cute, et il sâaccroche Ă moi comme Ă une bouĂ©e de sauvetage. Ses ongles se plantent dans mon dos, signe quâil aime ce que je fais. Jâai toujours peur de mây prendre de travers, mĂȘme si ça fait des annĂ©es quâon est ensemble. Mais le voir rĂ©agir comme ça, se la jouer plante grimpante sur mes Ă©paules, ça balaie toutes mes idĂ©es.
Dâun coup de hanche habile, il me balance sur le lit, et câest Ă lui de me surmonter. Il sait que jâadore ce genre de position, parce que je peux lâobserver dans toute sa hauteur, et toucher cette peau si tentante qui sâoffre Ă moi. Je ne me gĂȘne pas, pendant quâil bouge tout contre mes hanches.
Câest Ă ce moment-lĂ que le russe prend le pas sur lâanglais, et que je me mets Ă jurer. Je suis proche du sommet, je le sais. Câest un vrai festival, mais Charles sâen moque. Ses beaux yeux sont fermĂ©s, et il se laisse couler dans le plaisir, le dos cambrĂ©. Câest sur cette vision que je viens, avec tout un tas de noms dâoiseau, dont certains que jâinvente. Je termine par le plus connu.
â Bon sang de petite cuillĂšre en bois.
Forcément.
Partie IV · Konstantin
Le lendemain
AprĂšs nos Ă©bats, qui ont semblĂ© ravir Igor, â qui nâen a pas loupĂ© une miette, malgrĂ© son statut de plante en plastique â nous nous dĂ©plaçons tous les deux, enroulĂ©s dans de grosses couvertures, vers la fenĂȘtre pour fumer. Lâair du mois de mars est encore piquant, mĂȘme pour moi, et il entre dans la piĂšce par vagues froides qui nous font frissonner. La fumĂ©e de nos cigarettes sâenroule au-dessus de nos tĂȘtes avant de disparaĂźtre dans la nuit. Jâaime ce genre de quiĂ©tude, mĂȘme si je la brise en commençant Ă parler.
â Il se pourrait que je revoie mon avis sur ton imprimante.
â Ah ? Tu as Ă©tĂ© sĂ©duit par le merveilleux Igor ?
Il prononce le nom avec un accent trÚs cliché, ce que je déteste.
â Non. Je me rends compte que ça te rend heureux, et jâaime bien quand tâes heureux. Câest tout.
Il pose sa tĂȘte contre mon Ă©paule, et je sens ses cheveux me chatouiller le menton. Il sent la cigarette, le shampoing Ă la pomme, avec une touche de ma propre odeur. Jâadore ce mĂ©lange, mĂȘme si je ne lui avouerai jamais. Il serait capable de se lancer dans une nouvelle passion, pour crĂ©er une Eau de Charles. Sans façon.
â Dâailleurs, pourquoi madame lâimprimante ne tournait pas ce soir ? Dâhabitude, quand je rentre, elle fait toujours son boucan.
â Je suis en train de concevoir un nouvel objet. Et ce matin, quand tâes parti, jâai lancĂ© un truc. Par contre, câest une surprise pour toi, alors tu ne la verras pas avant demain matin.
â PitiĂ©, ne me dis pas que câest encore une plante verte.
â Je te certifie que non. Câest cool, et ça pique pas.
Jâessaie de lui faire cracher le morceau, mais il refuse catĂ©goriquement de mâen dire plus. Il Ă©crase sa cigarette dans le cendrier posĂ© sur le rebord de la fenĂȘtre, et il mâentraĂźne vers le lit. Je mâendors avant dâavoir eu ma rĂ©ponse.
Fichue plante verte.
⊠⊠âŠ
Le lendemain, je me lĂšve avant lui, comme dâhabitude. Il dort en Ă©toile de mer au milieu du lit, la bouche ouverte et un bras pendu dans le vide. Jâai dĂ©jĂ des dizaines de photos de lui dans cette position Ă©trange, mais je ne rĂ©siste pas Ă en rajouter une nouvelle Ă ma collection. Je lâenvoie Ă Heather avec comme lĂ©gende La beautĂ© de mon mec. Ăa la fera rire, câest sĂ»r. Jâembrasse Charlou sur le front, et je file Ă la cuisine pour me prĂ©parer mon Russian Earl Grey quotidien.
Tout en sortant le nĂ©cessaire, je me rends compte quâil faudrait que jâaille faire les courses, aprĂšs le travail. Nous nâavons plus rien de comestible Ă part des gĂąteaux trop vieux, et un paquet de crocodiles en gĂ©latine. Si je me souviens bien, jâavais fait une liste, avant-hier. Je lâavais Ă©crite sur un coin de table, sur un de ces papiers fluo que Charles a achetĂ©s. MalgrĂ© sa couleur trĂšs reconnaissable, je ne sais pas oĂč elle est passĂ©e. Je suis du genre tĂȘte en lâair, dâaprĂšs Charles. Lui, il est du genre plante verte, avais-je rĂ©pliquĂ©, la premiĂšre fois quâil mâa sorti ça.
Jâavance vers le frigo pour me prendre un yaourt â la seule chose qui passe le matin â et mes yeux rencontrent un papier jaune qui me brĂ»le presque la rĂ©tine.
Ma liste, avec ce mĂ©lange bizarre entre lâanglais et le russe. Charles aime bien dire que jâai une Ă©criture de mĂ©decin, alors que je ne le suis pas encore. Je prends ça pour un compliment. Le post-it, qui nâest plus trĂšs collant, est accrochĂ© au frigo par un gros papillon bleu. Il a utilisĂ© lâun de mes filaments prĂ©fĂ©rĂ©s, celui qui ressemble Ă mon ancienne couleur de cheveux. Il ne fait pas trĂšs rĂ©aliste, mais jâen ai rien Ă faire. Câest un papillon bleu, et il est magnifique.
Il y en a un autre, pas trĂšs loin. Celui-ci est vert, dans une nuance de jungle. Je me souviens bien, Charles a passĂ© des jours Ă Ă©cumer les sites de vente de filament pour le trouver. La plupart venaient des Ătats-Unis, et avec la guerre menĂ©e par notre dictateur de prĂ©sident, câest trĂšs difficile de se procurer de la marchandise venant dâailleurs que la Sainte Patrie. Il a finalement rĂ©ussi, et il a conduit deux heures durant pour aller le chercher.
Le bleu et le vert. Nos couleurs.
Je souris comme un imbĂ©cile devant le frigo, ayant complĂštement oubliĂ© mon yaourt. Ăa me fait plaisir, mais je ne comprends pas pourquoi ce sentiment est si vif. Mes pieds me dĂ©mangent, jâai envie dâaller le secouer pour lui rĂ©pĂ©ter je ne sais combien de fois quâil est merveilleux, et que je lâadore, et que jâadore son imprimante â oui, câest Ă ce point-lĂ .
Au lieu de ça, je touche les nervures sur les ailes des papillons. Si je les reconnais bien â Heather me disputerait, elle qui adore ces bestioles â ce sont des morphos, ces crĂ©atures aux immenses ailes habituellement bleues. Ils sont magnifiquement bien dĂ©taillĂ©s, et je suis fascinĂ©. Je dĂ©colle le vert, et je lâobserve sous toutes les coutures.
Câest bien entendu comme ça que me retrouve Charles.
â Alors ?
â Ils sont beaucoup trop beaux.
â Mais encore ?
â Ils sont bien mieux que les aimants quâon avait avant.
â EtâŠ
â Je tâadore.
Il grimace, et sa tĂȘte se tourne vers sa nouvelle compagne, qui a passĂ© la nuit silencieusement dans son coin â pour une fois. Il attend que je la complimente. Jamais.
â KonstantinâŠ
â Je ne ferais pas les Ă©loges de ta mangeuse de plastique.
â MĂȘme pour moi ?
Il se rapproche, le fourbe. Il a enfilĂ© mon sweat, qui le boudine et qui est trop long pour lui Ă la fois. Je suis presque sĂ»r que câest le seul habit quâil porte. Quel ĂȘtre diabolique.
â Oui, mĂȘme pour toi. Toi, tu es un ĂȘtre vivant, je tâaime, tâes merveilleux, le meilleur coup que je nâai jamais eu, et je serais complĂštement paumĂ© sans toi. Elle, câest quâune machine. Si ça se trouve, dans trois mois, elle va vouloir nous dominer, et elle nous imprimera une prison dont on ne pourra pas sortir. Donc, non, je ne dirais rien sur elle.
Charles me fixe avec des yeux ronds comme des billes.
â Tâas de ces idĂ©es, quand mĂȘme.
â Je sais. Mais tu aimes mes idĂ©es.
â Câest vrai.
Il se rapproche, et il se colle à moi. Je suis obligé de poser mon thé pour profiter pleinement de sa présence.
â Tu aimes vraiment les papillons ? dit-il tout contre moi.
â Oui. Je les adore.
Il me saute dessus, et il mâenlace comme une grosse peluche. Il mâa avouĂ© il y a peu de temps quâil adorait le fait que je sois plus grand lui. Je nâai pas vraiment compris pourquoi.
â Spasiba, Kostia.
Je fonds. Je fonds comme neige au soleil, comme les congĂšres dans la Neva, comme du plastique dans une imprimante 3D.
â Fin â
Merci dâavoir lu cette nouvelle đ”
Charles et Konstantin vous attendent dans le roman
Si vous avez aimé passer un moment avec eux, leur histoire complÚte se trouve dans Ciel de printemps.
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